Myanmar The Smiling Land


jeudi 1 avril 2010

Yangon - Genève; lundi 30 novembre 2009


Les dernières formalités se déroulent facilement et rapidement. A l'instant où nous entrons dans l'avion, un jeune homme fait au-revoir de la main à ma femme, lui adresse un magnifique sourire.
L'avion décolle avec un peu de retard. La nuit tombe.
Estomacs noués.
Gorges serrées.
Yeux mouillés.

Ce zu tin ba deh.

Infiniment merci.

Yangon; dimanche 29 novembre 2009


7h45: mohinga, bananes, papaye, ananas, pamplemousse. Hum!
Nous nous rendons au Bogyoke Market, le principal marché de la ville, de plus en plus tourné vers la clientèle touristique.
Nous faisons un tour puis allons changer de l'argent. Nous n'avons plus de dollars et nous proposons des francs suisses. Le taux n'est vraiment pas intéressant mais nous n'avons pas le choix. Nous allons dans une boutique que nous connaissons pour acheter des objets en laque. Nous marchandons longuement car les prix sont très élevés. Nous expliquons que nous revendons ces pièces en Suisse au profit de notre association. Un nouveau marchandage débute. Notre interlocutrice est tenace et ferme. En échange de notre promesse de revenir l'année prochaine, nous obtenons enfin des prix corrects.
Ailleurs dans le marché, nous nous renseignons pour des statuettes en bois de Bouddha mais les prix sont exorbitants. Nous laissons tomber. Un jeune homme me propose une dizaine de cigares pour 4000 Ks alors que le prix normal est de 200 Ks. Du coup, nous quittons le marché. Nous prenons un taxi et nous nous rendons à Shwedagon. Nous achetons nos statuettes chez un jeune marchand rencontré la veille. Le prix est honnête. Le vendeur est satisfait. Nous aussi. Nous reviendrons.
Nous rentrons à notre hôtel, achevons nos courses dans le supermarché d'en face, mangeons de délicieux raviolis frits dans un restau chinois. Nous lançons un dernier coup de fil à Kalaw. Nous tombons sur Nwe Nwe qui nous souhaite un bon voyage...
Nous disons au-revoir à Miss La La, grimpons dans un taxi et partons pour l'aéroport.
Toutes les formalités se passent très bien.
Mais nous rencontrons enfin deux Birmanes absolument détestables: les 2 employées chargées d'encaisser la taxe d'aéroport. Elles refusent nos billets de 10 $ tout neuf. Ils ne sont ni déchirés, ni abimés, ni annotés, ni, ni, ni... Pendant que ma femme cherche une personne susceptible de changer nos billets, j'observe le comportement des 2 femmes. La même mésaventure se répète fréquemment. Aux questions surprises des touristes en partance, elles répondent avec une arrogance et une impolitesse exceptionnelles. Les touristes se fâchent, s'inquiètent, se renseignent sans que cela ait le moindre impact sur les employées. Les touristes s'échangent des billets et grâce à la bonne volonté de chaque personne situé de ce côté de la vitre, les choses s'arrangent lentement.
Nous ne savons pas exactement pour quelle raison nos billets ont été refusés. Est-ce le visage imprimé? Grosse tête, petite tête? Est-ce le numéro de série? Nous serons plus prudents la prochaine fois. Que ce serait-il passé si nous n'avions pas pu changer nos billets?

Yangon; samedi 28 novembre 2009


Nous avons réservé cette journée à la Pagode Shwedagon.
"La pagode est devenue l'emblème du pays. Pour les bouddhistes birmans, c'est le sanctuaire le plus sacré du pays, un lieu que chacun rêve de visiter au moins une fois dans sa vie" (Lonely Planet).
Comme Maha Muni à Mandalay, Shwedagon est un observatoire exceptionnel pour mieux connaître les Birmans. Aujourd'hui, il y a beaucoup de monde. Chaque pélerin a revêtu ses plus vêtements. Les moines sont nombreux avec des robes de couleurs différentes: jaune, safran, brun, bordeau. Les nonnes pour la majorité sont en rose, quelques autres en brun. D'autres moines sont drapés de blanc.
Les pèlerins marchent autour du stupa central. Certains versent des verres d'eau sur la statue correspondant au jour de leur naissance. D'autres prient Bouddha dans l'un des multiples temples adjacents. Hommes, femmes, enfants, vieillards, riches, pauvres, étrangers déambulent paisiblement. Certains dorment, d'autres jouent, mangent, observent, méditent. Prières et chants se mêlent aux volutes d'encens. Des bougies sont allumées, des fleurs sont disposées dans des vases, des offrandes sont déposées au pied des statues du Vénérable.
En fin d'après-midi, une armée de volontaires s'aligne sur l'esplanade, un balai à la main. Parfaitement alignées, les femmes nettoient le marbre en une ligne disciplinée. A l'arrière, les hommes recueillent les tas de déchets et les déposent dans de grands paniers. La foule s'écarte respectueusement pour les laisser accomplir leur tâche. Un honneur!
Lorsque la nuit tombe, la foule s'amoindrit et la pagode s'illumine. C'est également l'heure à laquelle affluent les touristes. Mais Shwedagon brille de tout son or, de ses innombrables pierres précieuses. Exprime dans toute son intensité la puissance des prières, des voeux, des espoirs recueillis dans la journée. La magie du lieu s'offre dans sa pleine puissance.
Avant de quitter la pagode, nous nous installons à 2 endroits très précis d'où nous pouvons distinguer l'une des énormes émeraudes qui scintillent au sommet du stupa. Il suffit de bouger sa tête de quelques centimètres pour que varie la couleur des pierres: rouge, bleu, vert, orange, blanc...

Mandalay - Yangon; vendredi 27 novembre


Debout vers 7h15, nous préparons nos sacs et prenons notre petit-déjeuner, une mohinga et des fruits. Nous prenons quelques photos. Chit Su arrive à ce moment, les mains chargées de cadeaux. Nous réglons la note. Puis nous nous disons au-revoir, les larmes aux yeux. Le taxi nous attend. Nous saluons les 2 jeunes filles et la dame plus âgée qui assurent le service. Elles ont adorables, attentives, prévenantes, empressées, aimables, souriantes... et plus encore!
Nous roulons une heure pour atteindre l'aéroport (taxi: 10'000 Ks). Nous enregistrons nos bagages. Nos sacs ne sont pas pesés et nous ne connaitrons pas leur poids. Ils deviennent volumineux.
Nous passons les contrôles sans problème et sans fouille. En revanche, les services de sécurité vérifient soigneusement et longuement les bagages des Birmans.
Nous volons avec Air Mandalay. De très jolies hôtesses nous servent du coca, puis un petit pain et du thé. Un petit garçon birman assis derrière nous nous envoie des bisous.
Un taxi nous conduit au Three Seasons Hotel pour 6000 Ks. Miss La La nous donne la clé de notre chambre.
Le soir venu, nous prenons un taxi pour aller manger chez John. Nous sommes chaleureusement accueillis. Evidemment. Notre hôte nous explique que sa maman, qui a plus de 80 ans, a souffert des fortes chaleurs récentes. Sa pression a dangereusement monté. Les 3 jours qu'elle a passés à l'hôpital ont coûté 300 $ avec les médicaments, analyses, radios, médecin et séjour dans une chambre à un lit.
300 $, cela représente environ 10 mois de salaire...
Nous dégustons du poulet au curry, excellent, du raita, de la soupe aux lentilles, du riz à la noix de coco et aux raisins secs. C'est délicieux.
Nous parlons de ses projets de reconstruction de maisons, de ses activités sociales (une garderie pour les enfants les plus défavorisés du quartier). John nous donne quelques exemples de la cruauté du gouvernement.
L'heure du départ, des adieux, est arrivé. Une fois de plus, nous passons un mauvais quart d'heure. Mais qu'est-ce qui nous a pris d'avoir autant d'amis dans ce pays?

Mandalay; jeudi 26 novembre 2009


Nous savourons notre petit-déjeuner dans le jardin: soupe aux nouilles, papaye, melon, bananes. Nous prenons le temps de discuter avec Ton. Il parle couramment l'anglais et connaît parfaitement bien les rouages de la vie en Birmanie. Ton est une mine précieuse de renseignements, de conseils. Il fait preuve d'une vaste culture débordant les frontières de la Birmanie. Philosophe lucide, les pieds sur terre, il sait écouter. Avec sa femme Chit Su, ils forment un couple particulièrement aimable, d'une incroyable disponibilité. Et élément indispensable dans ce pays, d'un immense sens de l'humour.
Nous leur devons beaucoup. C'est ici, au Peacock Lodge, que ma femme et moi avions décidé d'ouvrir un jour notre propre Bed & Breakfast. Chose faite avec "Les Dix Sens". Nous sommes heureux de bénéficier de leur amitié.
Vers 11h15, Aye Soe vient nous chercher avec sa mobylette. Nous le suivons à bicyclette en direction du sud de Mandalay par une longue et large avenue rectiligne. Nous passons devant quelques universités (médecine dentaire, hôpital universitaire, école d'infirmière). Après une heure de trajet, nous arrivons à Myau Te, une cité nouvelle.
Aye Soe et Theingi habitent en compagnie de ses parents (à elle) et de ses 2 soeurs. Quatre maisons en bambou sont disposées en damier. Leur construction est récente, 3 ans. Leur demeure dispose de 2 pièces, une salle de séjour et une chambre à coucher. C'est assez grand, bien aéré, lumineux. Le sol est en béton partiellement recouvert de nattes. Deux chaises, une table basse, un meuble avec un lecteur CD. Un lit. Dans la chambre sont exposées, notamment, des peintures de style moderne d'Aye Soe.
Nous passons à table: courge confite et cacahuètes au caramel, porc au curry, crevettes, légumes verts, mélange de légumes, soupe aux vermicelles, riz. Nous nous régalons.

UBein; mercredi 25 novembre 2009


Nous traversons le pont parcouru de paysans, d'étudiants, d'enfants en uniformes scolaires, de moines, de touristes birmans. Et de touristes étrangers à l'heure du coucher du soleil.
Sur l'autre rive, un petit village se protège sous les arbres. La pagode Kyauktawgyi n'est pas particulièrement belle mais elle abrite de splendides fresques, très bien conservées, colorées. Très belles et émouvantes.
La raison principale de notre présence se trouve à l'extrémité du pont: la galerie d'art Shining Star, tenue par deux artistes. Lui, Aye Soe, a suivi une formation artistique et peint des aquarelles. Elle, Theingi, est diplômée en géographie. Le seul job qu'elle aie trouvé à la fin de ses études était au sein de l'armée. Elle a refusé et s'est mise à la peinture avec les conseils de son compagnon. Leur blog:
http://shiningstar-ubein.blogspot.com/
Nous avons fait leur connaissance en 2005. En 2008, nous avons emmené avec nous quelques aquarelles que nous tentons de vendre en Suisse. Ainsi, nous améliorons quelque peu leur revenu. Ce qui tombe bien. Les touristes, leur clientèle exclusive, se raréfient et leurs ventes ont considérablement chuté. Certains voyageurs marchandent tellement que le profit devient extrêmement maigre. Leurs conditions de vie se dégradent continuellement. Mais, nous disent-ils avec le sourire, tous les Birmans sont dans le même cas.
Du coup, Theingi disparaît pour revenir quelques minutes plus tard, les bras portant des assiettes chargées de nouilles frites, surmontées d'oeufs frits, d'oignons, accompagnées d'une sauce piquante. Et pour dessert, elle nous présente de délicieux gâteaux qui viennent du Dumbo Cake, l'une des meilleures pâtisseries de Mandalay.
Nous passons l'après-midi en leur compagnie, parlant de tout et de rien. Quelques rares touristes passent par la galerie. La plupart contemple attentivement les aquarelles mais tous repartent les mains vides. La très grande majorité n'a même pas dit bonjour à leurs hôtes.
Nous quittons nos amis en fin d'après-midi après avoir accepté avec bonheur leur invitation à manger chez eux le lendemain.
Sur le chemin du retour, je décide de changer d'itinéraire et je me perds. Nous nous retrouvons, à l'heure de pointe, sur la route de Yangon. Le trafic est démentiel mais la chaussée en bon état. Nous demandons la direction à plusieurs reprises. A chaque fois, les gens nous ont répondu avec enthousiasme et apparemment beaucoup de plaisir. Nous n'avons pas souvent rencontré des hommes, des femmes prenant un tel bonheur à rendre service. Que c'est agréable de s'égarer ici!

UBein; mercredi 25 novembre 2009


Nous enfourchons nos bicyclettes et traversons Mandalay en direction du sud. Le trafic est dense, confus, fumeux, bruyant. Vivant. Il ne semble pas y avoir de règles de circulation. Les camions, les bus, les voitures, les mini-taxis, les mobylettes, les vélos se côtoient, se frôlent, se croisent en un ballet désordonné. Mais ce cafouillage incessant, l'état des routes et des véhicules font que chacun se déplace lentement. Les conducteurs s'observent soigneusement, s'évaluent, se donnent des priorités et finalement tout se passe très bien. Nous nous sommes bien adaptés à cette douce folie et nous nous déplaçons sans difficulté. Par moment, j'ai l'impression de me trouver au coeur d'un jeu vidéo.
En plus, la bicyclette nous permette d'être proches des gens, de pouvoir répondre à leurs salutations, de leur renvoyer leurs sourires, de rire de leurs plaisanteries. Cela compense largement la chaleur, la poussière, le bruit, les odeurs.
Nous atteignons Amarapura, une ancienne capitale dotée de magnifiques pagodes. La ville est aussi réputée pour ses ateliers de tissage. Alors que nous pédalons dans la rue principale, les cliquetis métalliques des métiers à tisser s'élèvent des maisons en bois.
Nous arrivons au magnifique pont en teck d'UBein, long de 1200 m. Il surplombe un lac aux eaux très peu profondes, bordé d'arbres et de pagodes qui se reflètent tendrement. Les parties sèches sont cultivées et transformées en champs parcourus de paysans et de buffles au travail. Des pêcheurs attendent patiemment qu'une proie se laisse attraper.
De nombreux monastères s'abritent sous les arbres, accueillant des centaines de moines. Plusieurs jeunes filles, dont la plupart ne vont pas à l'école, vendent aux touristes des colliers, des bracelets en jade ou en graines de courge. La plupart des gamines sont charmantes, parfois maquillées. Certaines s'expriment en français, en allemand, en anglais, en italien et en espagnol. Elles sont illettrées mais très instruites. Nous sommes des clients réguliers et l'une d'elles nous reconnaît. Nous passons près d'une heure avec elle, à marchander, à acheter, à plaisanter, à s'échanger des cadeaux.
Nous avons beaucoup de respect pour ces enfants, ou adolescents précoces, aux fabuleuses capacités d'adaptation. Ils sont souvent la principale source de revenus pour leurs familles.
Il n'est pas possible de supprimer le travail des enfants dans ce pays. Il est indispensable. Nous ne pouvons qu'essayer de rendre ses conditions plus correctes.

Mandalay; mardi 24 novembre 2009


Vers 11h30, nous grimpons sur des bicyclettes plus récentes et pédalons vers la maison des Moustache Brothers. Un poster affichant Par Par Lay, ma femme et moi est affiché à l'extérieur de leur maison, face à la rue. A l'intérieur, un deuxième poster identique est plaqué au mur, à côté d'une affiche de Aung San Suu Kyi. Quel honneur!
Nous mangeons en compagnie d'une partie de la famille dans la salle où se déroulent leurs spectacles. Face aux marionnettes, nous savourons du poisson au curry, du poulet au curry, du porc émincé, de la soupe, des légumes, des chips, du riz. C'est vraiment bon. Nous discutons des difficultés de la famille, des espoirs pour leur avenir. Nous leur disons au-revoir, à l'année prochaine.
Nous nous rendons à la Pagode Maha Muni qui abrite le Bouddha le plus vénéré du pays. La statue fut construite alors que Bouddha était vivant et elle est sensée être particulièrement ressemblante. Au cours des siècles, les fidèles ont recouvert son corps de feuilles d'or dont l'épaisseur atteindrait les 40 cm. Seuls les hommes sont autorisés à toucher la statue.
Maha Muni est un excellent endroit pour observer et comprendre le comportement religieux des Birmans. Leur dévotion et leur espoir d'une réincarnation en une vie meilleure leur permettent de supporter les rigueurs de la pire dictature sur notre Terre.
Le soir, nous allons manger en compagnie de Ton et Chit Su dans un restaurant proche de la poste: petits pois et viande hachée, poisson, poulet, porc, soupe, légumes, jus d'orange, bière. Le tout est excellent. Merci Ton! Merci Chit Su!

mercredi 31 mars 2010

Mandalay; lundi 23 novembre 2009


Nous prenons un petit-déjeuner anglais sur la terrasse en prenant notre temps. Nous tentons de discuter avec Ton et sa femme, Chit Su Kyi, mais ils ont beaucoup de clients et sont très occupés.
Vers 10h00, nous prenons 2 vélos et nous nous rendons chez les Moustache Brothers.Les Moustache Brothers est une troupe de théâtre constituée deux frères U Par Par Lay et U Lu Maw, et leur cousin Lu Zaw. Le genre de théâtre joué par la troupe est le Pwe (un genre satirique, entre vaudeville et théâtre dansé).
Très critique vis-à-vis de la junte politique au pouvoir, Par Par Lay a passé presque 6 ans en détention dans un camp de travail forcé après avoir été arrêté à la suite d'une représentation dans la maison d' Aung San Suu Kyi à Yangon en 1996. Aujourd'hui la troupe est interdite de performance publique et est réduite à se produire pour les touristes dans sa modeste demeure de Mandalay.
Au gré de nos rencontres, nous sommes devenus proches de toute la famille. A notre arrivée, madame Lu Zaw nous repère et appelle aussitôt l'ensemble de la famille. Ils nous installent, nous servent du thé au lait, du thé vert, des cigares. Nous papotons longuement. Surtout de la situation actuelle de la Birmanie. Puis de sujets moins grave mais tout aussi important comme la grossesse de Zin Mi Tun, la fille de Lu Zaw.
Le temps file beaucoup trop vite, bien sur. Nous les quittons en milieu d'après-midi et nous nous rendons à la poste. Malheureusement, ma femme perd la clé de son vélo et ma roue arrière est plate. Par chance, nous découvrons un réparateur ambulant 50 m plus loin. L'homme est fortement handicapé, trainant une jambe derrière lui. Il débloque l'antivol et répare la chambre à air. En quelques rapides. Il nous demande 500 Ks. Nous lui en donnons 1000 Ks et filons comme des voleurs.

Mandalay; dimanche 22 novembre 2009


Nous nous levons à 6h00. Nous disons au-revoir à Lay Lay Wah et aux enfants. Que c'est douloureux! Chaque gosse nous fait un immense sourire, nous tend la main, nous exprime leur affection. Nous cachons de notre mieux notre émotion et nous luttons que notre sourire soit convaincant.
Nous partons en direction de la grand-rue en compagnie de Papu, de Nwe Nwe, de trois garçons et de quelques filles. Ils portent nos sacs. Sur le trajet, nous croisons Nge Ngay qui arrive à toute allure en mobylette. Elle est venue de Myin Ka pour nous dire au-revoir. Merci Nge Ngay!
Nous grimpons dans le bus. Ma femme se penche par la fenêtre pour agiter la main. J'envoie un baiser à Nwe Nwe qui l'accueille en pleine joue!
Le paysage est magnifique mais nous avons de la peine à l'apprécier. Nous suivons d'énormes camions chargés de troncs d'arbres, du teck. Arrivés en plaine, nous passons à proximité d'un vaste dépôt de ce bois si précieux. La Birmanie est championne du monde en ce qui concerne la déforestation!

Nous arrivons vers 15h00 à Mandalay. Nous prenons un mini-taxi bleu pour nous rendre au Peacock Lodge. Nous retrouvons avec bonheur Myein Win Ton et sa famille chez qui nous logeons à chacun de nos séjours, depuis 2003. Nous apprécions ce petit hôtel familial, avec son jardin ombragé, son personnel souriant.
Nous allons manger au Yunnan Barbecue: brochettes de porc, brochettes de poulet, brochette de fruits de mer, brochette de crabe, avec du riz et 2 bouteilles de bière (5600 Ks).
De retour au Peacock Lodge, nous discutons avec une touriste australienne. Elle nous raconte avoir dépensé 250 $ pour un vol de 45 minutes en montgolfière au-dessus des pagodes de Bagan. Peu après, elle explique qu'elle n'achète aucun objet artisanal parce qu'elle n'a pas suffisamment d'argent.
Dégoutés, nous allons nous coucher.

Kalaw; samedi 21 novembre 2009


C'est notre dernier jour à Kalaw et nous nous levons avec une humeur bizarre dans le corps et dans la tête. Nous rangeons nos affaires puis allons faire un tour au marché. Nous croisons brièvement Nge Ngay, notre "Sunshine Lady", juste le temps pour qu'elle nous offre son radieux sourire et d'échanger quelques mots.
Nous allons dire au-revoir à Thiri dans sa boutique. Nous échangeons nos adresses e-mail, lui offrons du parfum, du savon. Elle en est toute émue et a les yeux rougis. Encore une belle personne et une riche rencontre...
Nous trainons à la boutique. Nous nous goinfrons d'ultimes instants de pur bonheur. Nous disons au-revoir au professeur d'anglais, un vieux monsieur si charmant.
En fin d'après-midi, nous allons faire un dernier tour en ville. Nous disons au-revoir au Birman d'origine népalaise qui tient le "Game Center" voisin de la boutique RDS. Nous disons au-revoir à la marchande de bijoux qui nous offrent des pommes.
Nous revenons à "Imagine", la maison des enfants. Une grande fête se prépare à l'occasion de notre départ. Effectivement tout le monde est là. Même Tommy qui est rentré aujourd'hui de Yangon. Seule manque Nge Ngay. Nous dégustons une délicieuse soupe aux nouilles et au poulet, avec du piment, de la coriandre, des oignons frits et des noix de cajou.
Pour une fois, nous mangeons tous ensemble, Tommy, Pitho, Ma Ei, Shwe Sin, Winston et son fils, Papu, Nwe Nwe. Tous les enfants sont présents, partageant notre table ou assis sur une natte, par terre. Partageant notre bonheur.
La tristesse s'évapore, laissant la place à des hurlements de joie, des rires intenses. Nous pleurons de rire. Ma Ei se tient les joues. Ma San Win se tient les côtes.
Cette capacité qu'ont les Birmans de cueillir précieusement les rares instants de bonheur leur sauve très certainement la vie. Comment les remercier pour cette magnifique leçon de vie?

Nantai; vendredi 20 novembre 2009


Nwe Nwe, Papu, ma femme et moi grimpons dans la jeep conduite par l'indispensable Phu Zaw. La conduite de ce véhicule historique à la direction totalement non-assistée, aux freins aléatoires, à l'embrayage hocqueteux, aux suspensions... Au fait, elle a des suspensions, cette jeep? Nous nous rendons à Nantai, pour visiter le marché.
Sur le trajet, nous traversons des villages où d'impressionnantes quantités de piments magnifiquement rouges sont mis à sécher sur des nattes devant les maisons, s'étalant en vastes tapis écarlates. Des femmes cueillent des piments dans les champs environnants.
Nous apprécions tout particulièrement le marché de Nantai. Plus petit, plus excentré, il dégage un sentiment d'intimité que conforte l'absence de Birmans et d'étrangers. Les marchands et les clients sont presque exclusivement Pa-O. Nous retrouvons les mêmes vendeurs aux mêmes emplacements. Le vendeur d'huile végétale en haut à gauche. Le marchand de galettes de riz en bas à droite. Le marchand de glace se déplace le long des stands de nourriture. Nous faisons un premier tour, puis un deuxième afin que les gens s'habituent à notre présence. C'est vrai que nous les Européens faisons un peu tache dans le décor.
Puis, lentement, nous entamons des conversations. Posons des questions. Comme nous ne parlons pas un mot de la langue Pa-O et que les Pa-O, pour la plupart, ne parle pas anglais, nous utilisons le langage du corps, ce qui suscite souvent de longues, sinueuses et joyeuses conversations. De temps à autre, Papu ou Nwe Nwe viennent nous prêter main forte.
Nous décidons d'acheter deux DVD pour les enfants. Papu choisit un "Tom et Jerry", Nwe Nwe se décide pour un "Barbie". C'est ça la mondialisation? Nous payons les deux films 1000 Ks.
Pourtant, cet endroit a conservé toute sa beauté et son authenticité. La majorité des femmes portent leurs habits traditionnels: une jupe, une tunique, une gilet couleur indigo, un foulard orangé recouvrant les cheveux, un sac rouge d'un côté, un panier rond de l'autre, le bébé assoupi et emmailloté de rouge dans le dos. Selon une légende (mais est-ce vraiment une légende), les Pa-O sont les descendants de dragons et leur costume représente un dragon. Ces femmes sont particulièrement décontractées et souriantes. Et magnifiquement belles.
Nous mangeons du tofu et des beignets de choux frits. J'ai de la peine à modérer mon appétit...

Augban; jeudi 19 novembre 2009


La jeep, conduite par Phu Zaw, nous conduit à Augban. Papu, Nwe Nwe et Pitho se partagent le siège arrière. Ma femme et moi occupons le siège avant. C'est jour de marché à Augban.
Nous nous baladons pendant plus de 2 heures dans ce marché que nous apprécions. Il est très grand, s'étale dans de nombreuses ruelles ombragées de vastes toiles, envahit les rues du centre-ville. De nombreux Pa-Os, de plus rares Palaungs se mêlent aux autres ethies. Les gens sont pour la plupart aimables et souriants. Je prends de nombreuses photos.
En Suisse, nous avions réalisés des cartes postales à partir de nos précédentes photos. Ces cartes se vendent bien à la boutique RDS, procurant un revenu estimable. Nous avons donc décidé de renouveler l'expérience. C'est pourquoi je mitraille à tout va, sachant qu'un grand nombre de clichés n'auront pas la qualité nécessaire. Comme le soleil tape fort, les Birmans se tiennent à l'ombre. Du coup, rares sont mes portraits correctement exposés.
Je capture des scènes, des attitudes de loin avec un zoom. Pour les portraits, en revanche, je me rapproche et demande à la personne en face moi l'autorisation de la prendre. Rares sont les refus.
Après avoir savouré la meilleure mohinga de notre vie, nous nous rendons au bas de la ville. Devant une belle maison en bois, sous un abri de bambous, sont regroupés une dizaine de métiers à tisser. Des femmes et un homme confectionnent les tissus rouges et orangés qu'utilisent les Pa-Os pour réaliser leurs sacs et leurs écharpes. Les ouvrières sont très sympas et se marrent à notre vue. Quand je sors mon appareil photo, les rires explosent et les plaisanteries fusent.
Nous revenons à Kalaw, trainons un moment à la boutique puis passons du temps avec les enfants. Qui deviennent peu à peu les nôtres.
Ce soir, Lay Lay Wah nous a cuisiné des bâtonnets de navets cuits, une soupe de radis, du poulet avec une sauce curry, du riz. C'est monstrueusement bon. Ma femme et moi supposons que Lay Lay Wah a décidé de nous supprimer. En nous faisant exploser...
Après notre repas, Beh, une des filles, nous demandent de danser pour elle. Nous esquissons quelques pas tout en fredonnant une mélodie pour nous donner un rythme. Les enfants à leur tour se mettent à chanter. A danser. Beh a une voix magnifique. La soirée s'achève dans un délire de rires, de joie, de bonheur.

Kalaw; mercredi 18 novembre 2009


Aujourd'hui, nous nous prélassons à Kalaw. Bavardage avec Shwe Sin à la boutique RDS. Balade au marché. Grignotage de cacahuètes au caramel.
Nous passons l'après-midi chez Winston. Il habite, seul, une grande et belle maison qui date de l'époque britannique, aux murs de briques, avec des fenêtres en bow-windows. Dans le salon avec cheminée se trouvent un piano et une guitare, une télévision avec video, un ordinateur.
Aux murs sont accrochées de belles anciennes photos de son grand-père anglais, de son père, bel et élégant homme.
Nous consacrons notre après-midi à regarder des vidéos de musique rock des années 60: Doors, Beatles, Kinks, Creedence Clearwater Revival. Puis Simon & Garfunkel à Central Park. Et d'autres... Nous mangeons des cakes, buvons du café.
Nous vivons un moment étrange.
Etre ici, en Birmanie avec sa junte impitoyable, à Kalaw perdu dans les montagnes Shan, dans cette maison issue d'une époque révolue, écoutant cette musique révolutionnaire d'une autre époque tout aussi révolue nous baigne dans une hallucinante atmosphère. Immensément décalée.
Etre ici chez Winston aux origines diverses, avec sa vaste expérience humaine, avec son immense lucidité nous plonge dans une réalité surprenante.
Etre ici avec Papu, jeune femme issue d'un simple village, limitée dans son accès à la culture, avec son anglais approximatif, qui découvre une musique inconnue, des moeurs étranges, une stupéfiante philosophie hippie nous plonge dans de profondes et douloureuses réflexions.
Nous revenons vers le centre-ville alors que la nuit tombe. Nous dégustons grâce à Lay Lay Wah une purée de pomme de terre avec du riz et du poisson, saupoudrée d'herbes aromatiques et d'oignons frits, des courgettes. Et des bananes pour dessert. Extrêmement bon!

Thit La; mardi 17 novembre 2009


Une journée plus sportive nous attend de pied ferme. En compagnie de Nge Ngay, de Papu et de Nwe Nwe, nous allons au village de Thit La, au sud de Kalaw. Ce qui représente, aller et retour, près de 9 heures de marche.
Nous passons par un premier village aux maisons éparpillées sur une colline. Nous longeons la gare sous le regard des marchands de fruits et de légume. Nous traversons une étroite vallée envahie de rizières puis grimpons un sentier aux marches taillées dans le sol. Nouvelles vallées, nouvelles rizières. Des femmes coupent les épis, des hommes frappent les gerbes contre des pierres pour détacher les grains. Les flancs des basses collines aux formes arrondies sont quadrillées de champs. La terre est rouge et sèche. Des pins et d'autres arbustes poussent isolément de-ci, de-là.
Arrivés à Thit-La, nous nous rendons au monastère où nous sommes accueillis par un moine d'une soixantaine d'années. Il est très aimable, plein d'humour. Il nous montre des photos anciennes, des clichés de sa jeunesse. Il nous indique une pendule suisse accrochée à un mur depuis 55 ans.
Pendant que Papu et Nwe Nwe nous préparent une soupe aux nouilles dans la résidence des moines, nous allons visiter l'école avec Nge Ngay. 70 enfants se répartissent en 5 classes de niveaux différents. Deux institutrices tentent d'assumer leur lourde tâche. Les équipements sont rudimentaires: des tables étroites où s'agglutinent 3 élèves, des bancs étroits, un tableau noir fatigué, quelques affiches avec les chiffres de 1 à 10. Les enfants sont pauvrement vêtus. Une petite fille de 6-7 ans porte dans ses bras un bébé. Elle a la charge de son petit frère, même pendant les heures de classe.
Nous ne pouvons pas prendre de photos. C'est interdit par le gouvernement!
Avant de prendre le chemin du retour, nous visitons la bibliothèque réalisée par RDS. Nous croisons de loin quelques touristes copieusement équipés, lourdement chargés.
A notre retour à Kalaw, notre adorable cuisinière nous a préparé un plat à base de crevettes et d'un mélange de piments et de coriandre, accompagné de riz, de légumes, d'une soupe. Qu'est-ce que c'est bon!

Lammeigyin; lundi 16 novembre 2009


Nous grimpons sur les mobylettes conduites par Papu et Nwe Nwe. Elles nous amènent au village de Lammeigyin où nous sommes invités, hé oui, au mariage du frère Ma San Win, l'une des filles de la maison des enfants. Nous suivons la route complétement défoncée en direction d'Augban. Ce portion de route est en travaux depuis 10 ans mais son état se dégrade sans cess. Puis nous prenons la route vers le sud, en direction de Nantai. Le paysage est magnifique, débordant de douces vallées colorées et de rondes collines parfois pelées, souvent boisées. Nous arrivons devant la maison où se déroule la fête. Les invités déposent leurs cadeaux dans un stand richement décoré.
Nous sommes invités à monter à l'étage. La grande pièce, ornée de rubans et de ballons multicolores, est pleine de monde. Les mariés avec leurs témoins sont assis dans un angle. Les invités viennent les féliciter puis s'asseyent autour de tables rondes et basse pour grignoter de la salade de thé, des mélanges de cacahuètes et de haricots séchés, pour boire du thé. Un homme nous offre une orange, pelée et découpée. Deux ethnies sont présentes, Teros et Pa-Os.
Nous sommes rejoints par Shwe Sin et Winston avec qui nous allons manger sous une grande tente: poisson, porc, salade de thé, cocktail de riz (?).
Nous sommes chaleureusement accueillis. Ma San Win accompagne ma femme partout, lui explique la cérémonie. La jeune fille nous présente avec fierté aux invités, racontant qui nous sommes. Elle est très heureuse. Nous aussi.

Nyaung Shwe - Kalaw; dimanche 15 novembre 2009


Avant de quitter notre hôtel, nous rédigeons avec beaucoup de plaisir une recommandation en français, à la demande de Ko Zaw. Nous disons au-revoir à nos hôtes en leur promettant avec plaisir de revenir.
Vers 10h00, nous allons chez Phyu Phyu. Nous sommes invités au mariage de son frère. La nouvelle épouse est très belle dans sa robe rose, élégamment coiffée d'un chignon. Le mari est très élégant avec son longgi rouge et sa veste couleur ivoire. Sa femme semble très timide et peine à nous sourire spontanément. Le papa, à jeun, est très agréable. Nous grignotons, prenons des photos, offrons notre cadeau aux mariés.
Le moment est venu de faire nos adieux à toute la famille. Puis à Phyu Phyu. Qu'il est doulo9ureux de quitter ses amis... Nous lui offrons un peu d'argent. Elle nous promet de faire attention à son alimentation. Je lui promet que, si à notre retour en 2010, elle n'aura pas pris quelques kilos supplémentaires, je la jetterai dans le lac. Elle nous offre un dernier sourire, son fils dans les bras.
Un tri-shaw nous conduit à Shweng On pour 2000 Ks. Après seulement quelques minutes d'attente, nous montons dans un pick-up bondé. Nous prenons la route en direction de Kalaw. Des passagers descendent, d'autres montent. Le nombre total de passagers se stabilise finalement à 22 personnes, bébés compris. Nous sommes entourés de femmes avec leurs enfants, les hommes ont pris place sur le toit. Quelques jeunes enfants nous dévisagent avec beaucoup de curiosité et autant de crainte.
Nous arrivons à Kalaw vers 15h00. Nous passons chez RDS puis nous jouons avec les enfants. Lay Lay Wah nous a préparé une soupe aux tomates, des pommes de terre, des pousses de bambou et de la viande. C'est délicieux et nous nous goinfrons.
Nous nous couchons avec une douce pensée pour Phyu Phyu.

Inle; samedi 14 novembre 2009


Phyu Phyu nous conduit sur le lac. Elle s'est occupée de nous trouver une barque. De nombreux oiseaux blancs nous accompagnent. Ils plongent dans les remous pour attraper un poisson. Nous croisons de nombreuses barques chargées de tomates. Et bien sûr, nous contemplons les élégantes silhouettes des pêcheurs Intha à l'affut, dressés sur leur étroite barque, ramant d'une jambe, scrutant les flots, prêts à y plonger leur immense nasse conique.
Phyu Phyu nous propose de visiter un marché flottant que nous ne connaissons pas. Mais nous fuyons très vite: il y a davantage de touristes tapageurs que de Birmans, davantage de courageux marchands de souvenirs que de vendeurs traditionnels.
Phyu Phyu nous demande l'autorisation de s'arrêter 5 minutes dans un hôpital pour acheter des médicaments pour son fils, moins chers ici que sur la terre ferme. En fait, elle se fait examiner par un médecin. Pendant la consultation, nous faisons un tour. L'hôpital est très propre et correctement équipé. Il y a des chambres communes avec une dizaine de lits et des chambres privées avec un panneau "Ladies paying room". La plupart des lits sont inoccupés, ce qui nous semble un bon signe.
Le médecin nous explique que Phyu Phyu craignait d'être enceinte. Le test est négatif mais notre amie est beaucoup trop faible. Il prescrit 3 médicaments, apparemment des fortifiants, que nous payons 1500 Ks.
La journée s'écoule agréablement entre balade sur le lac et visites d'ateliers: travail de l'argent, forgerons, tissage de la soie. Nous allons rendre visite à une famille Padaung, plus connus sous le nom guère flatteur de "femmes-girafes". Nous désirons offrir à 2 adolescentes les photos que nous avions prises d'elles l'année dernière. Malheureusement, les jeunes femmes sont absentes, remplacées dans leur travail d'appât à touristes par deux femmes âgées. Nous leur confions nos clichés et nos respectueuses salutations.
La journée passe très vite et nous prenons le chemin du retour avec un bref arrêt au Monastère des chats sauteurs. Nous assistons à une démonstration: quelques chats bondissent dans un cerceau en échange de miettes de biscuits. Ce spectacle est toujours aussi étonnant et épatant.
Notre arrivée à Nyaung Shwe se fait, une fois de plus, à la nuit tombée.

Nyaung Shwe; vendredi 13 novembre 2009


Un autre espace de bonheur nous attend. Lors de notre premier séjour en 2003, nous avions sympathisé avec une jeune fille de 15 ans, Phyu Phyu. Elle est aujourd'hui la maman de Kaun Htoo Zaw, un adorable bambin âgé de 17 mois. Elle n'est pas informée de notre arrivée et nos retrouvailles en sont encore plus fortes. Sa petite soeur pousse une exclamation de joie à notre vue, nous fait entrer dans la maison et s'en va chercher Phyu Phyu. Nous nous installons avec la famille et prenons des nouvelles.
La maman de Phyu Phyu est atteinte de cécité. Les espoirs de guérison se sont envolés durant notre absence! Le papa s'enfonce dans son alcoolisme et devient un fardeau douloureux. Le mari de Phyu Phyu s'est esquivé à la naissance de leur enfant. Il ne se présente qu'une fois par mois pour jouer avec le bébé. Et lui faire l'amour. Il n'amène pas le moindre kyat.
La famille dépend totalement des revenus aléatoires de Phyu Phyu et de son frère aîné. Notre amie travaille dans une boutique où son salaire est basé sur ses ventes. Elle gagne ainsi entre 500 et 800 Ks par jour.
Nous allons nous balader dans les villages environnants. De nature enthousiaste et généreuse, ayant un contact facile, elle connaît beaucoup de monde et nous procure de chouettes rencontres. Phyu Phyu travaille également comme guide, conduisant les touristes dans les villages et sur le lac Inle. Mais les revenus sont faibles. Souvent, nous raconte-t-elle, les étrangers refusent de la payer, ne lui offrant que le repas de midi.
Choqués et honteux du comportement de certains de nos compatriotes, nous lui expliquons qu'une tasse de café à Genève coûte 3.50 francs. Environ 3500 Ks. Ce qui nous semble un salaire correct à exiger pour une journée de travail.
Le soir, nous mangeons avec la famille: riz, soupe, poulet au curry, légumes aux cacahuètes, soya et tomates. Le papa est saoul. Un de ses fils le conduit hors de la maison. Phyu Phyu se met à pleurer, au bout du rouleau. Nous essayons de la consoler.

Nyaung Shwe; vendredi 13 novembre 2009


Lever matinal, 6h30, afin de prendre le bus de 8h00 pour Shweng On. Nwe Nwe et Papu nous accompagnent. Le prix du billet est de 1500 Ks pour chacune de nos amies birmanes et 2500 Ks pour chaque étranger. Nous reconnaissons le chauffeur, un monsieur un peu enveloppé avec une barbe sel et poivre et un air sévère qui dissimulent une discrète gentillesse et une généreuse amabilité.
Nous quittons le bus à Shweng On, à la bifurcation pour Nyaung Shwe et le lac Inle. Evidemment, les chauffeurs de pick-up affluent vers nous. Un couple d'Anglais se joint à nous pour la dernière étape. Nwe Nwe et Papu négocient pour nous le prix du trajet (2000 Ks pour nous 4).
Nous les laissons choisir l'hôtel. Elles se décident pour le View Point Hotel où nous avions séjourné l'année dernière. Nous sommes évidemment d'accord car le cadre est vraiment agréable: des allées ombragées de palmiers en fleurs, des bungalows sur pilotis plongeant dans une eau parsemée de poissons et fleurs de lotus colorés, des terrasses offrant la vue sur les rizières, une décoration authentique et originale.
Et surtout les propriétaires sont très aimables. Ils se sont toujours montrés fort prévenants pour nos amies alors que trop souvent elles ne reçoivent que le mépris clairement affiché envers "les tribus sauvages des montagnes". Le patron leur offre même un rabais supplémentaire. Nous vous remercions du fond du coeur, chère Ma Myo et cher Ko Zaw, pour votre honnêteté et votre générosité. Vous êtes de vrais Birmans. "Ce zu tin ba deh".

mardi 30 mars 2010

Kalaw; jeudi 12 novembre 2009


Petit-déjeuner délicieux: soupe au riz avec de l'ail.
Ce jeudi est dédié à la paresse. Nous trainons à la boutique RDS, papotons avec Winston, faisons la connaissance des parents d'Amie, une amie rencontrée en 2005, et une petite fille charmante, sa nièce. Nous lui offrons un calendrier illustré de chiens du Saint-Bernard. La gamine trouve ça très drôle et nous offre des quartiers de pomme.
Nous allons nous balader autour de Kalaw, passons par la gare et montons la colline. Il fait chaud. Nous découvrons une magnifique ancienne maison en bois. C'est le couvent St Xavier.
La route goudronnée serpente sous les arbres, frôle de magnifiques et riches demeures coloniales. "Sentinel". Nous entrons dans une forêt bordée de cantonnements militaires. Les enfants sortent des écoles. Quelques jeunes filles nous suivent en babillant, en riant, en se taquinant. Nous imaginons être le sujet de leur joyeuse animation.
Pour revenir à Kalaw, nous empruntons la voie ferrée qui sert de chemin pédestre à de nombreuses personnes. En suivant les rails, nous arrivons à l'arrière de la maison des enfants. Nous y entrons en passant par le jardin où des plantons de maïs (les semences que nous avions apportée l'année dernière) pointent leurs têtes à travers les mottes de terre.
Lay Lay Wah, une fois de plus, nous a concocté un repas délicieux: boulettes de poisson frit, légumes verts, riz. Comme toujours, les enfants mangent une fois que nous avons terminé notre repas.

Kalaw; mercredi 11 novembre 2009


Aujourd'hui, c'est jour de fête et les enfants ont congé. C'est également le jour du marché. Nous nous y rendons en compagnie de nos trois amies, nos cousines comme elles l'ont décrété, Nge Ngay, Nwe Nwe et Papu, et de quelques enfants. Les trois jeunes femmes ont entre 20 et 21 ans. Elles sont toutes originaires de Myin Ka et sont donc de l'ethnie Taung Yo. Elles partagent leur temps entre RDS à Kalaw, les travaux des champs à Myin Ka et leurs études à l'université de Taunggy.
Nous retrouvons Tommy à la boutique RDS. Il nous parle de son prochain voyage à Yangon où il va essayer de trouver de l'argent auprès de donateurs de plus en plus rares. Il nous demande de faire venir des touristes à Kalaw afin que les Occidentaux se rendent compte des conditions de vie dans l'Etat Shan.
Il nous parle de ses projets d'agrandissement de la maison des enfants. Du manque de débouchés pour les jeunes à la sortie de l'école. Des limites financières de RDS qui ne peut soutenir tous ceux qui sont dans le besoin...

Le soir, nous grimpons dans la jeep conduite par Phu Zaw en compagnie de Ma Ei, de Papu, de Nwe Nwe et de Lay Lay Wah. Nous allons jusqu'à Augban puis, par une sale route, dans un village Pa-O, Ye Cho. Nous assistons à une séance de NFE à laquelle participe Nge Ngay en tant que "facilitator". Trois groupes de 10 enfants sont animés et dirigés par 2 femmes et un homme. Les enfants sont de trois ethnies différentes et parlent des langues totalement différentes. Il n'est pas facile de vivre ensemble dans l'Etat Shan.
Les moines offrent l'électricité jusqu'à 21h00. Ensuite, c'est une génératrice qui aliment les néons ascétiques. La séance se termine vers 22h30. Nous prenons le chemin du retour. Il fait vraiment froid et le ciel explose d'étoiles.

Myin Ka; mardi 10 novembre 2009


Nwe Nwe et Shwe Sin(d'origine indienne, cette jeune femme gère la boutique RDS) nous accompagnent pour une ballade vers le village de Myin Ka, au nord de Kalaw. Quand elle ne travaille pas pour RDS, Nwe Nwe habite ici avec sa famille.
Le sentier se glisse dans une vallée étroite bordée de collines arrondies. Partout des champs égaient le paysage: arbres fruitiers, bananiers, pommiers, orangers, citronniers; champs jaunis par le sésame en fleurs, choux et choux-fleurs aux reflets bleutés, rizières jaunies, bosquets verts luisant de bambous; sols nus et rouges...
Au sommet de la colline, un temple abrite un Bouddha couché sur le dos. En-dessous de nous, le village de Myin Ka se blottit dans une vallée étalée, quadrillée de champs multicolores.
Nous entrons dans le village aux maisons de bois sur pilotis. Certaines, plus récentes, plus chères, sont bâties en brique. Nous nous rendons chez Nwe Nwe. Nous faisons la connaissance de son papa et de son grand-père qui travaillent à la construction d'un char à boeufs. Au marché, un tel engin vaut presque 800$. Dans la rudimentaire cuisine, Nwe Nwe nous prépare une soupe aux nouilles avec du chou-fleurs etdes oeufs dans une casserole posée sur trois briques, au-dessus du feu.
Nous nous promenons dans le village. Notre guide nous présente aux villageois que nous croisons. C'est le temps de moissonner le riz. Partout dans les champs, les paysans s'activent. Des hommes trient le bon grain de l'ivraie en provoquant des courants d'air avec des panneaux tressés. Des enfants emportent des liasses de paille sur un long bambou fiché sur 2 petites roues en bois. Des femmes coupent méthodiquement le riz par brassées qu'elles attachent avec une tige. Nwe Nwe nous explique comment s'y prendre. Nous nous courbons vers les céréales, rassemblons une poignée de tiges dans la main gauche tandis que la main droite s'efforce de sectionner notre récolte avec une faucille. C'est assez simple mais la position est pénible. Une femme nous explique que cela provoque de fortes douleurs aux reins, aux cuisses, aux bras. Vu l'étendue des rizières, elles n'ont pas fini de souffrir...
Lorsque nous arrivons à Kalaw, la nuit est déjà tombée.

Augban; lundi 9 septembre 2009


Petit-déjeuner shan: des nouilles avec du foie, de de savoureuses petites bananes, des mandarines, de la papaye merveilleusement fruitée.
La vénérable jeep (elle date de 1939) de RDS nous amène à Augban. Nous sommes accompagnés par Nwe et Winston. Winston est homme d'une cinquantaine d'années. Certains de ses ancêtres étaient anglais. Il a travaillé en Europe. Il participe occasionnellement aux activités de RDS. Phu Zaw conduit la jeep exténuée sur une route défoncée, se faufile entre des camions chargés de légumes ou de tecks, dépasse des tracteurs poussifs crachant une épaisse fumée nauséabonde, remonte à grands renforts de klaxon des pick-up débordant de passagers. Phu Zaw a environ 25 ans. Il est le chauffeur attitré de RDS. Il ne parle pas anglais mais offre des sourires lumineux.
Nous allons visiter le marché aux bestiaux qui se déroule sur une colline au sud d'Augban. Boeufs, vaches et buffles paissent par dizaines dans de vastes enclos. L'assemblée est presque exclusivement masculine. Les vendeurs sont des paysans des montagnes. Les acheteurs sont des marchands de la ville. Une partie du bétail est destiné au marché chinois. Des musulmans sont également présents, en prévision d'une grande fête prochaine. Le prix des animaux oscille de 200 $ à 8000 $. Les marchandages sont longs, difficiles, parfois agressifs.
Sur le haut de l'enclos, un groupe discute le prix d'un gros, grand et magnifique taureau gris-blanc. Le paysan refuse de baisser son prix: 8000 $. Des liasses de billets sont agitées. Les acheteurs professent des menaces, susurrent des phrases mielleuses. Le paysan reste ferme et impassible. Lorsque que nous quittons le marché, les marchands proposaient 6500 $...

Kalaw; dimanche 8 novembre 2009


Mohinga vers 8h30 et farniente sur la terrasse jusque vers midi. Il fait délicieusement chaud. La ville est calme et paisible.
Nous allons manger dans une échoppe proche du marché: riz aux cacahuètes, galettes de poisson, soupe, thé (1600 Ks).
Nous nous baladons dans les allées semi-couvertes du marché permanent. Nous croisons Thiri qui cherche des clients pour son treck du lendemain afin que celui-ci soit un tant soit peu rentable. Elle demande 8 $ par jour et par personne. Le prix dépend évidemment du nombre de personnes. Et de l'inflation!
Retour à la maison des enfants où nous jouons avec les fillettes. Je décide de travailler dans le jardin potager. Manquant d'outils, je retourne au marché. Je tombe sur Thiri. Elle est satisfaite, elle a trouvé un 4 ème touriste et elle achète des provisions de route. Son sourire resplendit dans les allées ombragées.
De retour à la maison, j'y trouve les garçons et nous travaillons tous ensemble: arracher les mauvaises herbes, arroser les légumes, retourner la terre (elle est dure par ici), ...
Les enfants préparent ensuite le repas du soir: riz, poulet (le luxe encore), des légumes verts et de la papaye. En compagnie d'une partie des enfants, de Lay Lay Wah et de Tommy, nous bavardons dans la cour, autour d'un pot de terre cuite où luisent des braises. La discussion porte sur les nains et les esprits. La plupart croient en la réalité de ces esprits souvent dangereux. Les Karens sont particulièrement méfiants à l'égard des grenouilles.

Kalaw; samedi 7 novembre 2009

Nous nous levons vers 7h00 et allons nous débarbouiller dans la cour. Le village est déjà actif. Nos hôtes nous servent du riz avec des légumes et de la soupe à la courge. Nous buvons du thé. Nous essayons de remercier nos hôtes mais ce n'est pas simple...
Nous prenons le chemin du retour. Avec la rosée déposée par la nuit, le sol est glissant. Au moindre léger coup de frein, les mobylettes dérapent. Sur les parties les plus pentues, nous marchons tandis que nos deux amies roulent prudemment.
Nous arrivons à Kalaw peu avant 10h00. Nous rentrons à notre hôtel: douche et sieste.
Nous passons l'après-midi à "Imagine", la maison des enfants. Nous jouons avec eux. Nous leur distribuons les quelques jeux et livres que nous leur avons apportés. Ils comprennent très vite les règles de nos jeux occidentaux. Ou ils inventent très rapidement leurs propres règles. Nous savourons cet instant car ces enfants ont très rarement le temps de jouer.
RDS prend en charge une trentaine d'enfants. Pour beaucoup de famille, les coûts scolaires restent très élevés. De plus, l’éducation d’un enfant engendre la perte d’une force de travail pour les communautés. En accueillant ces enfants, RDS leur assure une éducation correcte, améliore leurs conditions de vie et celles de leurs familles. Ultérieurement, la communauté villageoise bénéficiera des expériences de ces enfants.

Nous prenons le repas du soir en leur compagnie: du poisson séché, des légumes verts savamment préparés, des haricotsparfumés et, luxe dû à notre présence, du poisson en sauce. Pour dessert, Lay Lay Wah, cuisinière et maman de jour, fée du logis et protectrice attentionnée, prépare avec mes inutiles conseils une fondue au chocolat. Les enfants participent, préparent les fruits (pommes, oranges, bananes). Tout le monde apprécie. Les gosses plongent leurs doigts dans le chocolat fondu, nettoient soigneusement leurs bols. Lèchent leurs doigts.
Leurs yeux brillent. Les nôtres aussi.
Nous rentrons à notre hôtel vers 22h00, accompagnés par la plupart des enfants.

Inkhone; vendredi 6 novembre 2009

Petit-déjeuner vers 7h45: une mohinga parfaite et des fruits: avocat, papaye, bananes.
Aujourd'hui, c'est le jour du marché. Les marchés se tiennent chaque jour dans une ville différente. C'est facile de s'en souvenir avec "PHANK": Pindaya, Heho, Augban, Nantai, Kalaw.

Nous nous goinfrons d'odeurs, de couleurs, de saveurs, de rumeurs. Fruits connus ou mystérieux, légumes de chez nous et d'ailleurs, fleurs avec leurs racines. Poissons crus, séchés, vivants. Viandes. Epices en vrac. Thé des collines voisines. Vaisselle, outils, vêtements. Uniformes et matériel scolaires... Et quelques étals plus directement destinés aux touristes.
Nous achetons du curcuma, du piment en poudre, du piment émietté, des cacahuètes. Et je craque pour l'une de mes sucreries préférées: des cacahuètes enrobées de caramel. Un délice. J'en achète une grosse plaque. Du coup, la jeune femme rajoute quelques morceaux, offerts, avec un sourire complice.

J'aime les Birmanes.

Nous prenons le repas de midi au Shan Mar Lay: une soupe aux nouilles avec du poulet, une soupe avec du poulet et des boulettes de viande et une Myanmar Beer. C'est bon mais un peu fade. Et plutôt cher.

Vers 15h00, nous partons en direction du sud en mobylette avec Pitho et Ma Ei, les deux assistantes de Tommy . Nous quittons Kalaw par une route goudronnée. Puis nous nous engageons sur des sentiers pentus et cahoteux, aux ornières profondes et aux pierres saillantes. Nous grimpons des collines abruptes, boisées, traversons des vallées où se nichent des rizières.
Nous arrivons au village d'Inkhone. Dans une première maison, nous sommes invités à boire le thé et manger des oranges. Nous allons visiter la mini centrale hydroélectrique installée par RDS en contrebas du village. Nous traversons des plantations de citronniers, de théiers, de courges. Ici, toutes les maisons bénéficient de l'électricité, d'une arrivée d'eau dans la cour. Ici, chez les Shans, cela reste un privilège.
Nous mangeons chez le chef du village, un jeune homme. Sympa, très poli, extrêmement accueillant. Feuilles de thé, riz, légumes verts, pousses de bambou avec du piment, thé font immédiatement irruption. Et des biscuits pour dessert.
Nous nous rendons au prochain village. Trente minutes de marche à la lueur des torches, enrobées par le chant des insectes, sous un ciel débordant d'étoiles.
Nous assistons à une séance de "Non Formal Education". Ce sont des cours créés par l'Unicef et destinés aux enfants non-scolarisés. Apparaissent au générique: les notions d'hygiène, la communication entre les diverses ethnies, la contraception, le planning familial, les dangers de l'alcool, du tabac, des drogues, du betel. Au programme ce soir: la prévention du Sida. Les instructeurs usent de méthodes pédagogiques modernes et dynamiques. La participation des enfants est enthousiaste. Sous les regards intéressés des parents. Les résultats suivent.
Vers 22h00, nous rentrons nous coucher. Nous dormons chez le chef bien sûr, allongés sur une natte déroulée sur le plancher, enroulés dans une couverture.

La nuit est très fraîche. Sous le plancher, les buffles et les poulets.

Kalaw; jeudi 5 novembre 2008

Petit-déjeuner vers 8h30. Nous le prenons dans un agréable salle à manger où le soleil se glisse avec plaisir. Nous apprécions du thé vert, du jus d'orange, des oeufs frits, des toasts, du beurre et de la confiture.
Soudain, nos amies Nge Ngay et Nwe Nwe apparaissent à l'entrée de la salle à manger. Je suis tout d'abord emprunté et finalement les serre dans mes bras. Incapable de parler. Ma femme a moins de retenue...
Elles retiennent leurs larmes, s'assoient quelques instants. Nous échangeons quelques mots, rares mais précieux. Puis elles repartent. Elles ont un meeting chez RDS.
Nous nous baladons dans la ville. Humons l'atmosphère. Retrouvons nos marques. Prenons quelques photos. Nous achetons des orchidées dans une échoppe au bord de la route principale (3 plants pour 5000 Ks).
Nous nous arrêtons chez Thiri, une charmante jeune femme guide de trekking. Elle n'a pas suffisamment de travail car il n'y a pas assez de clients, car il y a trop de guides, car elle est une femme et ça rend les choses encore plus difficiles. Elle déborde d'énergie, elle rit abondamment. Son sourire nous accroche mais nous poursuivons notre promenade.
Nous contemplons avec curiosité un mariage. La voiture des mariés est joliment décorée avec 2 poupées fixées sur le capot. La mariée ,elle, fait la gueule mais ses compagnes sont charmantes.

Nous mangeons dans une échoppe sur la rue du marché: des raviolis farcis avec du chou, une délicieuse pâte blanche servie dans une feuille de bananier, une soupe de poisson avec des nouilles, du chou cru, des crackers au maïs, des galettes. Nous payons 2500 Ks. Le thé est évidemment offert.

Nous passons l'après-midi chez RDS.

Ce soir, nous mangeons chez Tommy. Il habite une belle maison datant des colonies anglaises, à l'extérieur du centre-ville. Nous lui offrons un couteau suisse. Promesse tenue... Puis nous passons à table: chips, légumes verts, choux-fleurs, boeuf au curry, soupe aux lentilles. Tous les plats sont délicieux. Au dessert: mandarines et pommes.
Tommy nous décrit ses mois de prisons, les brimades (euphémisme) subies, ses rapports avec la population, avec l'armée. Il nous parle des élections à venir. Du futur. Quel futur? "There is no future for the Burmese"...

Kalaw; mercredi 4 novembre 2009

Notre mohinga goulûment avalée, nous réglons la note: les billets d'avion (2 x 80 $) et la chambre (2 x 20 $) et disons au-revoir à Miss La La, notre adorable et exubérante patronne. Un taxi nous attend devant l'hôtel. Agréable surprise, il s'agit du chauffeur qui nous avait conduit à Kyaiktiyo et Bago l'année dernière. Nous papotons avec lui alors qu'il prend une route inhabituelle pour nous conduire à l'aéroport. Nous le payons pour la course, 6000 Ks, et offrons une tablette de chocolat pour son enfant.
Nous patientons dans une salle d'attente où se cotoyent des Birmans de classe moyenne, discrets, et des Birmans de classe supérieure, aux vêtements très branchés et à l'air dédaigneux.
L'avion de Yangon Airways est à moitié rempli. Des hôtesses de l'air très charmantes nous offrent du jus d'orange, un croissant fourré, une pâtisserie. Nous volons au-dessus d'une épaisse couche de nuages qui se dégagent alors que nous approchons d'Heho.

Il fait beau et frais. Pitho nous attend à la sortie de l'aéroport. Elle vient à notre rencontre avec son sourire rayonnant et les bras ouverts. Nous nous jetons dans une inestimable accolade. Nos yeux brillent. Nous grimpons dans un mini-bus. Nous papotons pendant le trajet qui est bien plus confortable que de coutume. Lors de nos précédents voyages, nous nous satisfaisions de pick-up plus rudimentaires. A Kalaw, nous prenons une chambre au Eastern Paradise Hotel. Une jolie chambre avec un lit double, la salle de bain, la TV, un frigo nous revient à 13 $. L'hotel est gai, frais, lumineux. Le personnel est souriant, amical, empressé. Nous nous y sentons bien.

En début d'après-midi, nous nous rendons à la boutique de RDS où nous retrouvons presque toute l'équipe. Que c'est bon de retrouver nos amis. Notre autre famille. Nous nous enlaçons, serrons les mains, sourions, observons. Buvons du thé. Dégustons nos retrouvailles,
Nous distribuons le matériel que nous avons apporté pour la coopérative: cartes postales, brochures, livres, ... Tommy, le responsable de la coopérative, ne sait comment nous remercier!
En fin d'après-midi, nous nous rendons à la maison des enfants. Ces voyous nous attendaient et nous ont préparé un spectacle de bienvenue: une chorale de 25 enfants nous chante en canon et en français "Frère Jacques" que nous leur avions appris l'année dernière. Des chants et des danses shan suivent. Nous sommes beaucoup plus émus que prévus. Nous sommes heureux d'être de retour chez nous.
Beaucoup plus tard, nous rentrons à notre hôtel accompagnés par une dizaine d'enfants et allons nous coucher. Nous apprécions la grosse couverture car la nuit est froide.

Yangon; mardi 3 novembre 2009

Nous sommes en vacances. Du coup, nous nous levons vers 11 heures et allons prendre le petit-déjeuner. Les jeunes hommes qui nous servent une excellente mohinga (soupe aux nouilles de riz avec du poisson, des oignons frits, l'un des plats de base des Birmans) nous reconnaissent et nous accueillent avec de larges sourires et d'abondantes poignées de main.
A la réception, Miss La La nous remet nos billets d'avion pour Heho, l'aéroport qui dessert le lac Inle et Kalaw (2 x 80 $). Nous téléphonons à Kalaw pour prévenir nos amis de RDS de notre arrivée. Il faut plusieurs tentatives avant d'obtenir une communication cahoteuse.
Après la sieste, nous décidons d'aller manger au restaurant japonais qui se trouve à 2 pas. Mais nous ne le trouvons pas. Il a apparemment fermé ses portes. Nous mangeons dans la rue un riz frit et des nouilles frites, avec du poulet, que nous arrosons de 3 bières à la pression. Le repas nous coûte 4700 Ks.
Je vais m'acheter des cheerots, ces petits cigares que j'apprécie. J'en prends 10 pièces pour 200 Ks. Nous savourons le spectacle de la rue, mendiants, familles, couples branchés, employés de supermarché, marchands de betel... qui déambulent plutôt paisiblement.
De retour à l'hôtel, nous apprécions un pot de thé vert que nous buvons sur le porche. Au bord de la rue. De la musique de variété s'échappe par les fenêtres grandes ouvertes des appartements d'en face. Un gecko manifeste sa joie de vivre.

Yangon; lundi 2 novembre 2009

Dans l'Airbus A320 qui nous amène de Singapour à Yangon, je discute avec mon voisin, un jeune Birman. Il travaille à l'aéroport de Dubai. Il profite de son mois de vacances pour revoir sa femme qu'il n'a plus vue depuis une année.
Nous atterrissons à 9h20. Le passage de la douane se déroule sans problème. Tous les employés portent un masque, grippe H1N1 oblige.
Nous prenons un taxi (6$) qui traverse rapidement la ville où le trafic est faible. Il nous dépose devant le Three Seasons Hotel. Nous retrouvons avec plaisir Miss Lala qui nous attribue notre chambre habituelle, la 205.
Après une courte sieste, nous changeons 300 $ pour 300'000 Kyats. Donc, 1000 Kyats (ou Ks) valent 1.05 francs suisses. C'est simple pour la suite: 1000 Ks = 1 franc. Nous nous baladons sur Mahabandoola Street. Certains trottoirs ont été rénovés, d'autres sont éventrés. Des pompes rouillées évacuent une eau boueuse. Apparemment, la mousson fut importante cet été. Nous allons jusqu'à Sule Pagoda en se faufilant parmi les innombrables stands et gargotes qui envahissent les trottoirs. Je me fais couper les cheveux chez T8 Hair Design: shampoo, massage et coupe pour 6'000 Ks.
De retour à l'hôtel, nous prenons un taxi. Ce soir, nous sommes invités chez John que nous avons connu en 2003. Il habite avec sa famille d'origine indienne une petite maison dans la banlieue. Nous sommes chaleureusement accueillis et dégustons le repas: boulettes de boeuf frites accompagnées de courgettes, oignons, piment et citron; soupe aux lentilles; boeuf au curry; riz; bananes. C'est délicieux et copieux.
Nous papotons. Dans le quartier, certaines maisons détruites par le cyclone Nargis (2 mai 2008; 138'000 morts et disparus) n'ont toujours pas été reconstruites. Des familles vivent sous des bâches en plastic. John cherche de l'argent pour les aider. Il faut entre 200 $ et 300 $ pour bâtir une demeure simple.