
Nous enfourchons nos bicyclettes et traversons Mandalay en direction du sud. Le trafic est dense, confus, fumeux, bruyant. Vivant. Il ne semble pas y avoir de règles de circulation. Les camions, les bus, les voitures, les mini-taxis, les mobylettes, les vélos se côtoient, se frôlent, se croisent en un ballet désordonné. Mais ce cafouillage incessant, l'état des routes et des véhicules font que chacun se déplace lentement. Les conducteurs s'observent soigneusement, s'évaluent, se donnent des priorités et finalement tout se passe très bien. Nous nous sommes bien adaptés à cette douce folie et nous nous déplaçons sans difficulté. Par moment, j'ai l'impression de me trouver au coeur d'un jeu vidéo.
En plus, la bicyclette nous permette d'être proches des gens, de pouvoir répondre à leurs salutations, de leur renvoyer leurs sourires, de rire de leurs plaisanteries. Cela compense largement la chaleur, la poussière, le bruit, les odeurs.
Nous atteignons Amarapura, une ancienne capitale dotée de magnifiques pagodes. La ville est aussi réputée pour ses ateliers de tissage. Alors que nous pédalons dans la rue principale, les cliquetis métalliques des métiers à tisser s'élèvent des maisons en bois.
Nous arrivons au magnifique pont en teck d'UBein, long de 1200 m. Il surplombe un lac aux eaux très peu profondes, bordé d'arbres et de pagodes qui se reflètent tendrement. Les parties sèches sont cultivées et transformées en champs parcourus de paysans et de buffles au travail. Des pêcheurs attendent patiemment qu'une proie se laisse attraper.
De nombreux monastères s'abritent sous les arbres, accueillant des centaines de moines. Plusieurs jeunes filles, dont la plupart ne vont pas à l'école, vendent aux touristes des colliers, des bracelets en jade ou en graines de courge. La plupart des gamines sont charmantes, parfois maquillées. Certaines s'expriment en français, en allemand, en anglais, en italien et en espagnol. Elles sont illettrées mais très instruites. Nous sommes des clients réguliers et l'une d'elles nous reconnaît. Nous passons près d'une heure avec elle, à marchander, à acheter, à plaisanter, à s'échanger des cadeaux.
Nous avons beaucoup de respect pour ces enfants, ou adolescents précoces, aux fabuleuses capacités d'adaptation. Ils sont souvent la principale source de revenus pour leurs familles.
Il n'est pas possible de supprimer le travail des enfants dans ce pays. Il est indispensable. Nous ne pouvons qu'essayer de rendre ses conditions plus correctes.