Myanmar The Smiling Land


jeudi 1 avril 2010

Yangon - Genève; lundi 30 novembre 2009


Les dernières formalités se déroulent facilement et rapidement. A l'instant où nous entrons dans l'avion, un jeune homme fait au-revoir de la main à ma femme, lui adresse un magnifique sourire.
L'avion décolle avec un peu de retard. La nuit tombe.
Estomacs noués.
Gorges serrées.
Yeux mouillés.

Ce zu tin ba deh.

Infiniment merci.

Yangon; dimanche 29 novembre 2009


7h45: mohinga, bananes, papaye, ananas, pamplemousse. Hum!
Nous nous rendons au Bogyoke Market, le principal marché de la ville, de plus en plus tourné vers la clientèle touristique.
Nous faisons un tour puis allons changer de l'argent. Nous n'avons plus de dollars et nous proposons des francs suisses. Le taux n'est vraiment pas intéressant mais nous n'avons pas le choix. Nous allons dans une boutique que nous connaissons pour acheter des objets en laque. Nous marchandons longuement car les prix sont très élevés. Nous expliquons que nous revendons ces pièces en Suisse au profit de notre association. Un nouveau marchandage débute. Notre interlocutrice est tenace et ferme. En échange de notre promesse de revenir l'année prochaine, nous obtenons enfin des prix corrects.
Ailleurs dans le marché, nous nous renseignons pour des statuettes en bois de Bouddha mais les prix sont exorbitants. Nous laissons tomber. Un jeune homme me propose une dizaine de cigares pour 4000 Ks alors que le prix normal est de 200 Ks. Du coup, nous quittons le marché. Nous prenons un taxi et nous nous rendons à Shwedagon. Nous achetons nos statuettes chez un jeune marchand rencontré la veille. Le prix est honnête. Le vendeur est satisfait. Nous aussi. Nous reviendrons.
Nous rentrons à notre hôtel, achevons nos courses dans le supermarché d'en face, mangeons de délicieux raviolis frits dans un restau chinois. Nous lançons un dernier coup de fil à Kalaw. Nous tombons sur Nwe Nwe qui nous souhaite un bon voyage...
Nous disons au-revoir à Miss La La, grimpons dans un taxi et partons pour l'aéroport.
Toutes les formalités se passent très bien.
Mais nous rencontrons enfin deux Birmanes absolument détestables: les 2 employées chargées d'encaisser la taxe d'aéroport. Elles refusent nos billets de 10 $ tout neuf. Ils ne sont ni déchirés, ni abimés, ni annotés, ni, ni, ni... Pendant que ma femme cherche une personne susceptible de changer nos billets, j'observe le comportement des 2 femmes. La même mésaventure se répète fréquemment. Aux questions surprises des touristes en partance, elles répondent avec une arrogance et une impolitesse exceptionnelles. Les touristes se fâchent, s'inquiètent, se renseignent sans que cela ait le moindre impact sur les employées. Les touristes s'échangent des billets et grâce à la bonne volonté de chaque personne situé de ce côté de la vitre, les choses s'arrangent lentement.
Nous ne savons pas exactement pour quelle raison nos billets ont été refusés. Est-ce le visage imprimé? Grosse tête, petite tête? Est-ce le numéro de série? Nous serons plus prudents la prochaine fois. Que ce serait-il passé si nous n'avions pas pu changer nos billets?

Yangon; samedi 28 novembre 2009


Nous avons réservé cette journée à la Pagode Shwedagon.
"La pagode est devenue l'emblème du pays. Pour les bouddhistes birmans, c'est le sanctuaire le plus sacré du pays, un lieu que chacun rêve de visiter au moins une fois dans sa vie" (Lonely Planet).
Comme Maha Muni à Mandalay, Shwedagon est un observatoire exceptionnel pour mieux connaître les Birmans. Aujourd'hui, il y a beaucoup de monde. Chaque pélerin a revêtu ses plus vêtements. Les moines sont nombreux avec des robes de couleurs différentes: jaune, safran, brun, bordeau. Les nonnes pour la majorité sont en rose, quelques autres en brun. D'autres moines sont drapés de blanc.
Les pèlerins marchent autour du stupa central. Certains versent des verres d'eau sur la statue correspondant au jour de leur naissance. D'autres prient Bouddha dans l'un des multiples temples adjacents. Hommes, femmes, enfants, vieillards, riches, pauvres, étrangers déambulent paisiblement. Certains dorment, d'autres jouent, mangent, observent, méditent. Prières et chants se mêlent aux volutes d'encens. Des bougies sont allumées, des fleurs sont disposées dans des vases, des offrandes sont déposées au pied des statues du Vénérable.
En fin d'après-midi, une armée de volontaires s'aligne sur l'esplanade, un balai à la main. Parfaitement alignées, les femmes nettoient le marbre en une ligne disciplinée. A l'arrière, les hommes recueillent les tas de déchets et les déposent dans de grands paniers. La foule s'écarte respectueusement pour les laisser accomplir leur tâche. Un honneur!
Lorsque la nuit tombe, la foule s'amoindrit et la pagode s'illumine. C'est également l'heure à laquelle affluent les touristes. Mais Shwedagon brille de tout son or, de ses innombrables pierres précieuses. Exprime dans toute son intensité la puissance des prières, des voeux, des espoirs recueillis dans la journée. La magie du lieu s'offre dans sa pleine puissance.
Avant de quitter la pagode, nous nous installons à 2 endroits très précis d'où nous pouvons distinguer l'une des énormes émeraudes qui scintillent au sommet du stupa. Il suffit de bouger sa tête de quelques centimètres pour que varie la couleur des pierres: rouge, bleu, vert, orange, blanc...

Mandalay - Yangon; vendredi 27 novembre


Debout vers 7h15, nous préparons nos sacs et prenons notre petit-déjeuner, une mohinga et des fruits. Nous prenons quelques photos. Chit Su arrive à ce moment, les mains chargées de cadeaux. Nous réglons la note. Puis nous nous disons au-revoir, les larmes aux yeux. Le taxi nous attend. Nous saluons les 2 jeunes filles et la dame plus âgée qui assurent le service. Elles ont adorables, attentives, prévenantes, empressées, aimables, souriantes... et plus encore!
Nous roulons une heure pour atteindre l'aéroport (taxi: 10'000 Ks). Nous enregistrons nos bagages. Nos sacs ne sont pas pesés et nous ne connaitrons pas leur poids. Ils deviennent volumineux.
Nous passons les contrôles sans problème et sans fouille. En revanche, les services de sécurité vérifient soigneusement et longuement les bagages des Birmans.
Nous volons avec Air Mandalay. De très jolies hôtesses nous servent du coca, puis un petit pain et du thé. Un petit garçon birman assis derrière nous nous envoie des bisous.
Un taxi nous conduit au Three Seasons Hotel pour 6000 Ks. Miss La La nous donne la clé de notre chambre.
Le soir venu, nous prenons un taxi pour aller manger chez John. Nous sommes chaleureusement accueillis. Evidemment. Notre hôte nous explique que sa maman, qui a plus de 80 ans, a souffert des fortes chaleurs récentes. Sa pression a dangereusement monté. Les 3 jours qu'elle a passés à l'hôpital ont coûté 300 $ avec les médicaments, analyses, radios, médecin et séjour dans une chambre à un lit.
300 $, cela représente environ 10 mois de salaire...
Nous dégustons du poulet au curry, excellent, du raita, de la soupe aux lentilles, du riz à la noix de coco et aux raisins secs. C'est délicieux.
Nous parlons de ses projets de reconstruction de maisons, de ses activités sociales (une garderie pour les enfants les plus défavorisés du quartier). John nous donne quelques exemples de la cruauté du gouvernement.
L'heure du départ, des adieux, est arrivé. Une fois de plus, nous passons un mauvais quart d'heure. Mais qu'est-ce qui nous a pris d'avoir autant d'amis dans ce pays?

Mandalay; jeudi 26 novembre 2009


Nous savourons notre petit-déjeuner dans le jardin: soupe aux nouilles, papaye, melon, bananes. Nous prenons le temps de discuter avec Ton. Il parle couramment l'anglais et connaît parfaitement bien les rouages de la vie en Birmanie. Ton est une mine précieuse de renseignements, de conseils. Il fait preuve d'une vaste culture débordant les frontières de la Birmanie. Philosophe lucide, les pieds sur terre, il sait écouter. Avec sa femme Chit Su, ils forment un couple particulièrement aimable, d'une incroyable disponibilité. Et élément indispensable dans ce pays, d'un immense sens de l'humour.
Nous leur devons beaucoup. C'est ici, au Peacock Lodge, que ma femme et moi avions décidé d'ouvrir un jour notre propre Bed & Breakfast. Chose faite avec "Les Dix Sens". Nous sommes heureux de bénéficier de leur amitié.
Vers 11h15, Aye Soe vient nous chercher avec sa mobylette. Nous le suivons à bicyclette en direction du sud de Mandalay par une longue et large avenue rectiligne. Nous passons devant quelques universités (médecine dentaire, hôpital universitaire, école d'infirmière). Après une heure de trajet, nous arrivons à Myau Te, une cité nouvelle.
Aye Soe et Theingi habitent en compagnie de ses parents (à elle) et de ses 2 soeurs. Quatre maisons en bambou sont disposées en damier. Leur construction est récente, 3 ans. Leur demeure dispose de 2 pièces, une salle de séjour et une chambre à coucher. C'est assez grand, bien aéré, lumineux. Le sol est en béton partiellement recouvert de nattes. Deux chaises, une table basse, un meuble avec un lecteur CD. Un lit. Dans la chambre sont exposées, notamment, des peintures de style moderne d'Aye Soe.
Nous passons à table: courge confite et cacahuètes au caramel, porc au curry, crevettes, légumes verts, mélange de légumes, soupe aux vermicelles, riz. Nous nous régalons.

UBein; mercredi 25 novembre 2009


Nous traversons le pont parcouru de paysans, d'étudiants, d'enfants en uniformes scolaires, de moines, de touristes birmans. Et de touristes étrangers à l'heure du coucher du soleil.
Sur l'autre rive, un petit village se protège sous les arbres. La pagode Kyauktawgyi n'est pas particulièrement belle mais elle abrite de splendides fresques, très bien conservées, colorées. Très belles et émouvantes.
La raison principale de notre présence se trouve à l'extrémité du pont: la galerie d'art Shining Star, tenue par deux artistes. Lui, Aye Soe, a suivi une formation artistique et peint des aquarelles. Elle, Theingi, est diplômée en géographie. Le seul job qu'elle aie trouvé à la fin de ses études était au sein de l'armée. Elle a refusé et s'est mise à la peinture avec les conseils de son compagnon. Leur blog:
http://shiningstar-ubein.blogspot.com/
Nous avons fait leur connaissance en 2005. En 2008, nous avons emmené avec nous quelques aquarelles que nous tentons de vendre en Suisse. Ainsi, nous améliorons quelque peu leur revenu. Ce qui tombe bien. Les touristes, leur clientèle exclusive, se raréfient et leurs ventes ont considérablement chuté. Certains voyageurs marchandent tellement que le profit devient extrêmement maigre. Leurs conditions de vie se dégradent continuellement. Mais, nous disent-ils avec le sourire, tous les Birmans sont dans le même cas.
Du coup, Theingi disparaît pour revenir quelques minutes plus tard, les bras portant des assiettes chargées de nouilles frites, surmontées d'oeufs frits, d'oignons, accompagnées d'une sauce piquante. Et pour dessert, elle nous présente de délicieux gâteaux qui viennent du Dumbo Cake, l'une des meilleures pâtisseries de Mandalay.
Nous passons l'après-midi en leur compagnie, parlant de tout et de rien. Quelques rares touristes passent par la galerie. La plupart contemple attentivement les aquarelles mais tous repartent les mains vides. La très grande majorité n'a même pas dit bonjour à leurs hôtes.
Nous quittons nos amis en fin d'après-midi après avoir accepté avec bonheur leur invitation à manger chez eux le lendemain.
Sur le chemin du retour, je décide de changer d'itinéraire et je me perds. Nous nous retrouvons, à l'heure de pointe, sur la route de Yangon. Le trafic est démentiel mais la chaussée en bon état. Nous demandons la direction à plusieurs reprises. A chaque fois, les gens nous ont répondu avec enthousiasme et apparemment beaucoup de plaisir. Nous n'avons pas souvent rencontré des hommes, des femmes prenant un tel bonheur à rendre service. Que c'est agréable de s'égarer ici!

UBein; mercredi 25 novembre 2009


Nous enfourchons nos bicyclettes et traversons Mandalay en direction du sud. Le trafic est dense, confus, fumeux, bruyant. Vivant. Il ne semble pas y avoir de règles de circulation. Les camions, les bus, les voitures, les mini-taxis, les mobylettes, les vélos se côtoient, se frôlent, se croisent en un ballet désordonné. Mais ce cafouillage incessant, l'état des routes et des véhicules font que chacun se déplace lentement. Les conducteurs s'observent soigneusement, s'évaluent, se donnent des priorités et finalement tout se passe très bien. Nous nous sommes bien adaptés à cette douce folie et nous nous déplaçons sans difficulté. Par moment, j'ai l'impression de me trouver au coeur d'un jeu vidéo.
En plus, la bicyclette nous permette d'être proches des gens, de pouvoir répondre à leurs salutations, de leur renvoyer leurs sourires, de rire de leurs plaisanteries. Cela compense largement la chaleur, la poussière, le bruit, les odeurs.
Nous atteignons Amarapura, une ancienne capitale dotée de magnifiques pagodes. La ville est aussi réputée pour ses ateliers de tissage. Alors que nous pédalons dans la rue principale, les cliquetis métalliques des métiers à tisser s'élèvent des maisons en bois.
Nous arrivons au magnifique pont en teck d'UBein, long de 1200 m. Il surplombe un lac aux eaux très peu profondes, bordé d'arbres et de pagodes qui se reflètent tendrement. Les parties sèches sont cultivées et transformées en champs parcourus de paysans et de buffles au travail. Des pêcheurs attendent patiemment qu'une proie se laisse attraper.
De nombreux monastères s'abritent sous les arbres, accueillant des centaines de moines. Plusieurs jeunes filles, dont la plupart ne vont pas à l'école, vendent aux touristes des colliers, des bracelets en jade ou en graines de courge. La plupart des gamines sont charmantes, parfois maquillées. Certaines s'expriment en français, en allemand, en anglais, en italien et en espagnol. Elles sont illettrées mais très instruites. Nous sommes des clients réguliers et l'une d'elles nous reconnaît. Nous passons près d'une heure avec elle, à marchander, à acheter, à plaisanter, à s'échanger des cadeaux.
Nous avons beaucoup de respect pour ces enfants, ou adolescents précoces, aux fabuleuses capacités d'adaptation. Ils sont souvent la principale source de revenus pour leurs familles.
Il n'est pas possible de supprimer le travail des enfants dans ce pays. Il est indispensable. Nous ne pouvons qu'essayer de rendre ses conditions plus correctes.