Myanmar The Smiling Land


jeudi 1 avril 2010

Mandalay; mardi 24 novembre 2009


Vers 11h30, nous grimpons sur des bicyclettes plus récentes et pédalons vers la maison des Moustache Brothers. Un poster affichant Par Par Lay, ma femme et moi est affiché à l'extérieur de leur maison, face à la rue. A l'intérieur, un deuxième poster identique est plaqué au mur, à côté d'une affiche de Aung San Suu Kyi. Quel honneur!
Nous mangeons en compagnie d'une partie de la famille dans la salle où se déroulent leurs spectacles. Face aux marionnettes, nous savourons du poisson au curry, du poulet au curry, du porc émincé, de la soupe, des légumes, des chips, du riz. C'est vraiment bon. Nous discutons des difficultés de la famille, des espoirs pour leur avenir. Nous leur disons au-revoir, à l'année prochaine.
Nous nous rendons à la Pagode Maha Muni qui abrite le Bouddha le plus vénéré du pays. La statue fut construite alors que Bouddha était vivant et elle est sensée être particulièrement ressemblante. Au cours des siècles, les fidèles ont recouvert son corps de feuilles d'or dont l'épaisseur atteindrait les 40 cm. Seuls les hommes sont autorisés à toucher la statue.
Maha Muni est un excellent endroit pour observer et comprendre le comportement religieux des Birmans. Leur dévotion et leur espoir d'une réincarnation en une vie meilleure leur permettent de supporter les rigueurs de la pire dictature sur notre Terre.
Le soir, nous allons manger en compagnie de Ton et Chit Su dans un restaurant proche de la poste: petits pois et viande hachée, poisson, poulet, porc, soupe, légumes, jus d'orange, bière. Le tout est excellent. Merci Ton! Merci Chit Su!

mercredi 31 mars 2010

Mandalay; lundi 23 novembre 2009


Nous prenons un petit-déjeuner anglais sur la terrasse en prenant notre temps. Nous tentons de discuter avec Ton et sa femme, Chit Su Kyi, mais ils ont beaucoup de clients et sont très occupés.
Vers 10h00, nous prenons 2 vélos et nous nous rendons chez les Moustache Brothers.Les Moustache Brothers est une troupe de théâtre constituée deux frères U Par Par Lay et U Lu Maw, et leur cousin Lu Zaw. Le genre de théâtre joué par la troupe est le Pwe (un genre satirique, entre vaudeville et théâtre dansé).
Très critique vis-à-vis de la junte politique au pouvoir, Par Par Lay a passé presque 6 ans en détention dans un camp de travail forcé après avoir été arrêté à la suite d'une représentation dans la maison d' Aung San Suu Kyi à Yangon en 1996. Aujourd'hui la troupe est interdite de performance publique et est réduite à se produire pour les touristes dans sa modeste demeure de Mandalay.
Au gré de nos rencontres, nous sommes devenus proches de toute la famille. A notre arrivée, madame Lu Zaw nous repère et appelle aussitôt l'ensemble de la famille. Ils nous installent, nous servent du thé au lait, du thé vert, des cigares. Nous papotons longuement. Surtout de la situation actuelle de la Birmanie. Puis de sujets moins grave mais tout aussi important comme la grossesse de Zin Mi Tun, la fille de Lu Zaw.
Le temps file beaucoup trop vite, bien sur. Nous les quittons en milieu d'après-midi et nous nous rendons à la poste. Malheureusement, ma femme perd la clé de son vélo et ma roue arrière est plate. Par chance, nous découvrons un réparateur ambulant 50 m plus loin. L'homme est fortement handicapé, trainant une jambe derrière lui. Il débloque l'antivol et répare la chambre à air. En quelques rapides. Il nous demande 500 Ks. Nous lui en donnons 1000 Ks et filons comme des voleurs.

Mandalay; dimanche 22 novembre 2009


Nous nous levons à 6h00. Nous disons au-revoir à Lay Lay Wah et aux enfants. Que c'est douloureux! Chaque gosse nous fait un immense sourire, nous tend la main, nous exprime leur affection. Nous cachons de notre mieux notre émotion et nous luttons que notre sourire soit convaincant.
Nous partons en direction de la grand-rue en compagnie de Papu, de Nwe Nwe, de trois garçons et de quelques filles. Ils portent nos sacs. Sur le trajet, nous croisons Nge Ngay qui arrive à toute allure en mobylette. Elle est venue de Myin Ka pour nous dire au-revoir. Merci Nge Ngay!
Nous grimpons dans le bus. Ma femme se penche par la fenêtre pour agiter la main. J'envoie un baiser à Nwe Nwe qui l'accueille en pleine joue!
Le paysage est magnifique mais nous avons de la peine à l'apprécier. Nous suivons d'énormes camions chargés de troncs d'arbres, du teck. Arrivés en plaine, nous passons à proximité d'un vaste dépôt de ce bois si précieux. La Birmanie est championne du monde en ce qui concerne la déforestation!

Nous arrivons vers 15h00 à Mandalay. Nous prenons un mini-taxi bleu pour nous rendre au Peacock Lodge. Nous retrouvons avec bonheur Myein Win Ton et sa famille chez qui nous logeons à chacun de nos séjours, depuis 2003. Nous apprécions ce petit hôtel familial, avec son jardin ombragé, son personnel souriant.
Nous allons manger au Yunnan Barbecue: brochettes de porc, brochettes de poulet, brochette de fruits de mer, brochette de crabe, avec du riz et 2 bouteilles de bière (5600 Ks).
De retour au Peacock Lodge, nous discutons avec une touriste australienne. Elle nous raconte avoir dépensé 250 $ pour un vol de 45 minutes en montgolfière au-dessus des pagodes de Bagan. Peu après, elle explique qu'elle n'achète aucun objet artisanal parce qu'elle n'a pas suffisamment d'argent.
Dégoutés, nous allons nous coucher.

Kalaw; samedi 21 novembre 2009


C'est notre dernier jour à Kalaw et nous nous levons avec une humeur bizarre dans le corps et dans la tête. Nous rangeons nos affaires puis allons faire un tour au marché. Nous croisons brièvement Nge Ngay, notre "Sunshine Lady", juste le temps pour qu'elle nous offre son radieux sourire et d'échanger quelques mots.
Nous allons dire au-revoir à Thiri dans sa boutique. Nous échangeons nos adresses e-mail, lui offrons du parfum, du savon. Elle en est toute émue et a les yeux rougis. Encore une belle personne et une riche rencontre...
Nous trainons à la boutique. Nous nous goinfrons d'ultimes instants de pur bonheur. Nous disons au-revoir au professeur d'anglais, un vieux monsieur si charmant.
En fin d'après-midi, nous allons faire un dernier tour en ville. Nous disons au-revoir au Birman d'origine népalaise qui tient le "Game Center" voisin de la boutique RDS. Nous disons au-revoir à la marchande de bijoux qui nous offrent des pommes.
Nous revenons à "Imagine", la maison des enfants. Une grande fête se prépare à l'occasion de notre départ. Effectivement tout le monde est là. Même Tommy qui est rentré aujourd'hui de Yangon. Seule manque Nge Ngay. Nous dégustons une délicieuse soupe aux nouilles et au poulet, avec du piment, de la coriandre, des oignons frits et des noix de cajou.
Pour une fois, nous mangeons tous ensemble, Tommy, Pitho, Ma Ei, Shwe Sin, Winston et son fils, Papu, Nwe Nwe. Tous les enfants sont présents, partageant notre table ou assis sur une natte, par terre. Partageant notre bonheur.
La tristesse s'évapore, laissant la place à des hurlements de joie, des rires intenses. Nous pleurons de rire. Ma Ei se tient les joues. Ma San Win se tient les côtes.
Cette capacité qu'ont les Birmans de cueillir précieusement les rares instants de bonheur leur sauve très certainement la vie. Comment les remercier pour cette magnifique leçon de vie?

Nantai; vendredi 20 novembre 2009


Nwe Nwe, Papu, ma femme et moi grimpons dans la jeep conduite par l'indispensable Phu Zaw. La conduite de ce véhicule historique à la direction totalement non-assistée, aux freins aléatoires, à l'embrayage hocqueteux, aux suspensions... Au fait, elle a des suspensions, cette jeep? Nous nous rendons à Nantai, pour visiter le marché.
Sur le trajet, nous traversons des villages où d'impressionnantes quantités de piments magnifiquement rouges sont mis à sécher sur des nattes devant les maisons, s'étalant en vastes tapis écarlates. Des femmes cueillent des piments dans les champs environnants.
Nous apprécions tout particulièrement le marché de Nantai. Plus petit, plus excentré, il dégage un sentiment d'intimité que conforte l'absence de Birmans et d'étrangers. Les marchands et les clients sont presque exclusivement Pa-O. Nous retrouvons les mêmes vendeurs aux mêmes emplacements. Le vendeur d'huile végétale en haut à gauche. Le marchand de galettes de riz en bas à droite. Le marchand de glace se déplace le long des stands de nourriture. Nous faisons un premier tour, puis un deuxième afin que les gens s'habituent à notre présence. C'est vrai que nous les Européens faisons un peu tache dans le décor.
Puis, lentement, nous entamons des conversations. Posons des questions. Comme nous ne parlons pas un mot de la langue Pa-O et que les Pa-O, pour la plupart, ne parle pas anglais, nous utilisons le langage du corps, ce qui suscite souvent de longues, sinueuses et joyeuses conversations. De temps à autre, Papu ou Nwe Nwe viennent nous prêter main forte.
Nous décidons d'acheter deux DVD pour les enfants. Papu choisit un "Tom et Jerry", Nwe Nwe se décide pour un "Barbie". C'est ça la mondialisation? Nous payons les deux films 1000 Ks.
Pourtant, cet endroit a conservé toute sa beauté et son authenticité. La majorité des femmes portent leurs habits traditionnels: une jupe, une tunique, une gilet couleur indigo, un foulard orangé recouvrant les cheveux, un sac rouge d'un côté, un panier rond de l'autre, le bébé assoupi et emmailloté de rouge dans le dos. Selon une légende (mais est-ce vraiment une légende), les Pa-O sont les descendants de dragons et leur costume représente un dragon. Ces femmes sont particulièrement décontractées et souriantes. Et magnifiquement belles.
Nous mangeons du tofu et des beignets de choux frits. J'ai de la peine à modérer mon appétit...

Augban; jeudi 19 novembre 2009


La jeep, conduite par Phu Zaw, nous conduit à Augban. Papu, Nwe Nwe et Pitho se partagent le siège arrière. Ma femme et moi occupons le siège avant. C'est jour de marché à Augban.
Nous nous baladons pendant plus de 2 heures dans ce marché que nous apprécions. Il est très grand, s'étale dans de nombreuses ruelles ombragées de vastes toiles, envahit les rues du centre-ville. De nombreux Pa-Os, de plus rares Palaungs se mêlent aux autres ethies. Les gens sont pour la plupart aimables et souriants. Je prends de nombreuses photos.
En Suisse, nous avions réalisés des cartes postales à partir de nos précédentes photos. Ces cartes se vendent bien à la boutique RDS, procurant un revenu estimable. Nous avons donc décidé de renouveler l'expérience. C'est pourquoi je mitraille à tout va, sachant qu'un grand nombre de clichés n'auront pas la qualité nécessaire. Comme le soleil tape fort, les Birmans se tiennent à l'ombre. Du coup, rares sont mes portraits correctement exposés.
Je capture des scènes, des attitudes de loin avec un zoom. Pour les portraits, en revanche, je me rapproche et demande à la personne en face moi l'autorisation de la prendre. Rares sont les refus.
Après avoir savouré la meilleure mohinga de notre vie, nous nous rendons au bas de la ville. Devant une belle maison en bois, sous un abri de bambous, sont regroupés une dizaine de métiers à tisser. Des femmes et un homme confectionnent les tissus rouges et orangés qu'utilisent les Pa-Os pour réaliser leurs sacs et leurs écharpes. Les ouvrières sont très sympas et se marrent à notre vue. Quand je sors mon appareil photo, les rires explosent et les plaisanteries fusent.
Nous revenons à Kalaw, trainons un moment à la boutique puis passons du temps avec les enfants. Qui deviennent peu à peu les nôtres.
Ce soir, Lay Lay Wah nous a cuisiné des bâtonnets de navets cuits, une soupe de radis, du poulet avec une sauce curry, du riz. C'est monstrueusement bon. Ma femme et moi supposons que Lay Lay Wah a décidé de nous supprimer. En nous faisant exploser...
Après notre repas, Beh, une des filles, nous demandent de danser pour elle. Nous esquissons quelques pas tout en fredonnant une mélodie pour nous donner un rythme. Les enfants à leur tour se mettent à chanter. A danser. Beh a une voix magnifique. La soirée s'achève dans un délire de rires, de joie, de bonheur.

Kalaw; mercredi 18 novembre 2009


Aujourd'hui, nous nous prélassons à Kalaw. Bavardage avec Shwe Sin à la boutique RDS. Balade au marché. Grignotage de cacahuètes au caramel.
Nous passons l'après-midi chez Winston. Il habite, seul, une grande et belle maison qui date de l'époque britannique, aux murs de briques, avec des fenêtres en bow-windows. Dans le salon avec cheminée se trouvent un piano et une guitare, une télévision avec video, un ordinateur.
Aux murs sont accrochées de belles anciennes photos de son grand-père anglais, de son père, bel et élégant homme.
Nous consacrons notre après-midi à regarder des vidéos de musique rock des années 60: Doors, Beatles, Kinks, Creedence Clearwater Revival. Puis Simon & Garfunkel à Central Park. Et d'autres... Nous mangeons des cakes, buvons du café.
Nous vivons un moment étrange.
Etre ici, en Birmanie avec sa junte impitoyable, à Kalaw perdu dans les montagnes Shan, dans cette maison issue d'une époque révolue, écoutant cette musique révolutionnaire d'une autre époque tout aussi révolue nous baigne dans une hallucinante atmosphère. Immensément décalée.
Etre ici chez Winston aux origines diverses, avec sa vaste expérience humaine, avec son immense lucidité nous plonge dans une réalité surprenante.
Etre ici avec Papu, jeune femme issue d'un simple village, limitée dans son accès à la culture, avec son anglais approximatif, qui découvre une musique inconnue, des moeurs étranges, une stupéfiante philosophie hippie nous plonge dans de profondes et douloureuses réflexions.
Nous revenons vers le centre-ville alors que la nuit tombe. Nous dégustons grâce à Lay Lay Wah une purée de pomme de terre avec du riz et du poisson, saupoudrée d'herbes aromatiques et d'oignons frits, des courgettes. Et des bananes pour dessert. Extrêmement bon!